lundi 18 février 2008

paramétrique

« Le laissez-faire s’accompagne d’un série d’effets pervers : les monopoles, la répartition inéquitable des ressources la ségrégation, les effets de congestion, d’insuffisances ou de pollutions de biens communs » affirme Valérie Chatelet dans l’introduction de son texte « vers un tenségrité du contrôle ». (Interactive cities)

Urbanismes Paramétriques et complexité.

Contrôle à distance et Systèmes urbains « en temps réel »

Le monde qui nous entoure est de plus en plus mouvant et complexe… comme si le temps était accéléré et l’architecture à du mal à s’adapter à ces nouveaux rythmes. Nos inventions s’enchainent de très près. Le développement d’internet nous place dans la simultanéité, l’impatience. Les évènements se croisent, ont des incidences les uns sur les autres, même à distance.

La ville est un système de plus en plus complexe et son évolution est visible à l’échelle d’une vie.

Architectes et urbanistes élaborent de nouveaux outils pour gérer ces évolutions

La notion de temporalité en urbanisme est changée. Les concepteurs doivent tenir compte d’ « une dimension temporelle dans laquelle s’inscrit l’évolution des facteurs que l’on cherche à maîtriser »( Valérie Châtelet).

Comment une architecture qui est avant tout matérialité, souvent pérennité peut garantir d’être adaptée à un monde qui, quelques années plus tarda aura déjà évolué ?

Ceci pose la question de la dissemblance entre le temps long de la conception architecturale et le temps rapide de notre monde contemporain et de ses inventions.

Nos technologies s’abstraient de plus en plus de la matière. Elles sont donc potentiellement rapides ou instantanées ; mais l’architecture en est toujours presque au même stade, car en contradiction avec notre société, elle consiste avant tout à concevoir de la matérialité.

Comment créer une architecture qui s’adapte à cette évolution accélérée, aux incertitudes du futur et à une complexité de plus en plus forte dans un temps de plus en plus réduit ?

C’est la question que ce posent les processus paramétriques.

Nous verrons que la notion de contrôle introduite précédemment est ici primordiale, et nous citerons quelques exemples de ces applications.

Conception paramétrique signifie que tous les éléments du projet apparaissent en relation les uns aux autres.

La conception paramétrique est l’ « art de bâtir des relations ».

C’est un grand système adaptatif complexe. (site ONL)

Contrôler « à distance ».

Un des sens du mot contrôle est de « réduire les incertitudes »

Par « à distance » j’entends distance spatiale mais surtout temporelle. Nous étudions ici en quoi l’utilisation d’outils paramétrique permet de contrôler l’intégrité d’un projet à travers le temps et les différents intervenants

Les systèmes paramétriques appliqués à l’urbanisme critiquent l’emploi du plan masse : rigide et figé dans le temps.

Ils tirent parti de l’augmentation des capacités de calcul. Mais surtout de la possibilité des pouvoir numériser des données spatialisées multiples et de les traiter.

Grace à cette rationalisation ils nous permettent de simuler « l’évolution spatiale d’un ville » et d’ « explorer des futurs possibles » ( Denise Pumain dans Interactive cities).

La conception paramétrique crée des systèmes capables de s’adapter à des données changeantes tout en gardant les caractéristiques essentielles du projet.
Elles permettent ainsi d’envisager un travail à plusieurs mais pas de la même manière que Patrick Bouchain.

L’idée n’est pas de se soumette au laisser faire et à l’incertitude , mais permet de faire en sorte que les modifications apportés coïncident exactement aux intentions de départ des initiateurs. Ainsi ceux-ci sont sur de ne pas voir leur projet dénaturé. C’est le cas du masterplan de Zaha Hadid, qui intègre également dans ses paramètres des exigences formelles. Ainsi à chaque modifications l’ensemble garde son esthétique de départ. Un système paramétrique possède un « objectif prédéterminé qui oriente son évolution ou bien tend au maintient de son équilibre »(Valérie Châtelet). L’intention de ces systèmes peut être d’assurer dans le temps une adéquation aux objectifs de départ. Même avec un contexte changeant.

Il ne s’agit donc pas vraiment de créer plus de liberté mais surtout de donner la possibilité d’agir à des personnes qualifiés ou non. Ceci est possible si la règle établie est suffisamment complète pour intégrer toutes les exigences de départ.

Conception Paramétrique et collaboration

New Canal Town

« Si, par exemple, le concepteur du projet décide de faire construire davantage de maisons, alors nous avons simplement à changer ce nombre, et puis d'autres habitations sont placés le long des rues. »

La conception paramétrique devient un « open design game »

ONL conçoit le système adaptatif complexe, et les règles du jeu.

Les gens de la ville, les promoteurs de projets, les architectes paysagistes, et aussi probablement à l'avenir les habitants pourront jouer au jeu de la conception avec ONL.

Les valeurs exactes peuvent être modifiés à un stade plus avancé du développement du projet

« Parametric Design » : la conception collaborative

La promesse du processus de conception paramétrique est qu'il est ouvert à toutes sortes de forces de travail pendant les processus de conception.

Ce n'est pas un système fermé comme le processus de conception traditionnel où il n'ya qu'un seul dessinateur qui décide de tout.

Souvent, ces modèles ne parviennent pas à aborder les divers intérêts de toutes les parties impliquées dans le développement de ces tâches complexes comme la conception d'une nouvelle zone urbaine.

Le principal concepteur, ONL dans ce cas, propose l'outil de conception pour le développement ultérieur.

L'outil de conception est ouvert à l'apport d'autres experts, comme le trafic des experts, architectes paysagistes, concepteurs de projets et futurs habitants.

Toutes les relations entre les éléments du plan d'urbanisme sont clairement définis, ainsi, les décisions prises par un expert soient transparentes pour tous les autres experts.

Le « jeu » favorise les concepts et idées ambitieuses, dans la mesure où toutes les propositions et les variations peuvent être rapidement, visualisés, et discutés avec les partenaires de la conception.

ONL étudie les paramètres extérieurs, comme la lumière, la proximité du fleuve, les exigences des promoteurs. SI ces dernières changent ce n’et pas un problème car l’outil paramétrique est capable d’intégrer ce changement et de modifier « instantanément le projet ».

Pour l’instant l’outil paramétrique est surtout employé dans la phase de conception. Il permet une plus grande liberté et donne un sentiment de plus grande objectivité car il gère de manière pragmatique des données réelle. On peut donc imaginer que la ville commence par quelques rues et que s’il faut finalement augmenter, le système sera toujours adapté. On pourrait l’imaginer à l’échelle d’une ville , sur des temps plus long, en imaginant que la conception d’une ville ne s’arrête jamais….


I’ve Heard about : Utopie de la ville de l’instant

« Le monde est terrifiant lorsqu’il s’accroche à un semblent de prévisibilité, lorsqu’il cherche à préserver une unité factice. »

« J’ai entendu parler d’une chose qui ne se constitue qu’au travers de scénarios hétérogènes, multiples et contradictoires, d’une chose qui refuse l’idée même qu’une prévision puisse être émise quand à sa forme de croissance, quand à la détermination de son futur.
Un chose informe qui se greffe sur un tissu existant, une chose qui ne cherche pas de point de fuite pour justifier de son existence mais accepte de palpiter, de s’immerger dans un état vibratoire, « ici et maintenant ». »
François Roche

R&Sie pousse l’approche du paramétrique à sa plus grande utopie : ne plus avoir besoin de prévoir une évolution, simplement naitre des stimulations du contexte. S’adapter instantanément.

L’architecture est générée par les intentions des habitants, est capable de naître et d mourir selon les nécessités, les envie.

La croissance de la ville n’est« en rien redevable au chaos ou à la nature informe ». « Elle s’appuie sur des procédures réelles qui génèrent les substances et les modes opératoires de son évolution ».

Le concepteur établi un script qui permet d’assimiler des données et de les traiter formellement et instantanément.

Cette fois ci ce n’est plus la volonté de contrôler mais de laisser faire l’imprévu, imprévu lui-même pris au piège dans un système défini, mais au même sens que le sont les lois de la nature.

C’est un paramétrique imitant les processus naturels et à la faveur de l’instant, de l’action immédiate et de la réponse immanente du milieu de vie matériel.

« Les habitants profitent d’un temps présent, non différé, un temps qui alimente directement la forme de la structure territoriale »

L’utopie d’une ville ou d’un bâtiment qui nait sans planification mais en répondant à des données contextuelle et celle qui cherche à être rendue possible par les recherches de systèmes paramétriques. Pour l’instant ces recherches n’ont pas abouti à de réels résultats et offrent souvent une vision finalement assez préformatées des choses, mais elles sont prometteuses…


samedi 16 février 2008

Oeuvre ouverte

Comment envisager le devenir de son œuvre ?
Pourquoi est-il dangereux de vouloir à tout pris résister à l’œuvre du temps (usages/dégradation/transformation…) ?
Comment voir ce passage du temps comme une valeur ajoutée ?

Stratégie de l’œuvre ouverte : inachevé. Abandon à l’imprévu

On critique de plus en plus les architectures trop parfaites, trop froides, ou la liberté de l’usager est niée, et que l’on a peur d’abîmer. Des architectures qui ne sont pas faites pour être vécues, appropriées. Des constructions dont les qualités logistiques, et l’image qu’ils incarnent sont les seules valeurs.
Le désir de conserver une « image », mène souvent les auteurs à « fermer » leurs œuvres. Le concepteur tend à rendre le bâtiment le moins flexible possible. Il le fige par peur qu’il lui échappe, peur de l’imprévu. Ce qui rassure les responsables. Il n’y aura pas de déconvenue car il est prouvé qu’il n’y a pas d’appropriation possible. Que le bâtiment ne changera pas. Et cela arrange l’architecte, l’artiste qui n’accepte pas que l’on modifie son œuvre, qu’on la dénature.

Avec la L’œuvre ouverte d’Umberto Eco, Construire Autrement de Patrick Bouchain et un extrait de texte sur l’interprétation de Nicolas Michelin. Nous étudions le principe de l’ouverture. Ouvrir, créer une œuvre inachevée donc vivante. Une ouvre qui se laisse interpréter, avec l’humilité d’être transformée et de s’abandonner à l’imprévu.


Umberto Eco : l’œuvre ouverte


Créativité de l’interprète Action et imaginaire

Perspectives originales offerte par la succession des interprètes, des interventions sur une œuvre : en architecture intérêt des successions d’événements. Interprète actif
« Parmi les compositions de musique instrumentale les plus récentes, il en est un certain nombre qui se caractérisent par l’extraordinaire liberté qu’elles accordent à l’exécutant. Celui-ci n’a plus seulement, comme la musique traditionnelle, la faculté d’interpréter selon se propre sensibilité les indications du compositeur ; il doit agir sur la structure même de l’œuvre, déterminer la durée des notes ou la succession des sons, dans un acte d’improvisation créatrice.»P15

Umberto Eco cite quelques exemples :
-Le Klavierstück ou « la liberté de l’interprète agit sur (…) l’enchainement narratif du morceau ; elle réalise un véritable montage de phrases musicales ».
-Un autre morceau ou « la durée de chaque note est fonction de la valeur que lui attribue l’exécutant »
-Scambi d’Henri Pousseur : « l’œuvre constitue moins un morceau qu’un champ de possibilités, une invitation à choisir ».
-Troisième sonate pour piano de Pierre Boulez. Principe de « parenthèses- par exemple commence par une mesure dont le temps est indiqué, et se poursuit par d’amples parenthèses à l’intérieur desquelles le temps reste libre »p15-16

En architecture Le klavierstuck pourrait être assimilé à un architecture qui possède déjà un structure mais à recomposer, à réassembler selon les nécessités, tout comme le musée itinérant de Shigeru ban, composé de caisses de transport et qui peut être démonté puis remonté indéfiniment.
Scambi propose diverses combinaisons nous ramène au même genre d’exemple et nous fait penser à une nouvelle de Borges « le jardin aux chemins qui bifurquent » (fictions)Un livre qui offre une infinité de possibilité dans l’enchainement du roman. Le roman est infini et cherche à énumérer tous les possibles..
Le deuxième exemple nous mène plutôt à la manière de procéder de Patrick Bouchain, ou l’exécutant est alors l’ouvrier qui enrichie l’œuvre par son savoir faire et sa sensibilité.
La troisième Sonate pour Piano de Pierre Boulez propose des parenthèses, qui peuvent être jouées ou non, vides qui laissent place à l’interprétation. Ici on entend plus particulièrement le « vide » propice à l’appropriation dont parle Patrick Bouchain.

Ces formes musicales « ne constituent pas des messages achevés et définis, des formes déterminées une fois pour toutes. Nous ne sommes plus devant des œuvres qui demandent à être repensées et revécues dans une direction structurale donnée, mais bien devant des œuvres « ouvertes », que l’interprète accomplit au moment même où il en assume la médiation. »P16
Ces œuvres sont donc faites pour être jouée et modifiées chaque fois, c’est dans l’instant quelle prennent leur force. Au moment même où elles sont interprétées. C’est dans l’action, dans le présent qu’elles prennent leur sens. Dans le sens ou elles ne sont jamais achevées elles sont toujours vivantes. Les villes sont également inachevées, en perpétuelle modification et c’est la preuve qu’elles sont envie. On a besoin de la sentir vibrer, changer, vivre. En architecture il est souvent difficile de ressentir cette vitalité. Comment créer une architecture ouverte ? Qui est constamment en mouvement ?

Imaginaire : Interprétation subjective

L’ouverture chez Umberto Eco va plus loin que cette idée de « interprétation » au sens propre d’une œuvre. L’interprète est aussi l’homme devant un tableau, le lecteur d’un poème. L’ouverture est alors la possibilité d’imaginer, de trouver un sens, une interprétation qui nous est propre. Et c’est en ce sens que chacun comprend une œuvre de manière différente.
En architecture il faut inciter cette interprétation subjective. Questionner le passant, l’usager, les interpeler. « Jouir d’une œuvre d’art revient à en donner une interprétation, une exécution, à la faire revivre dans un perspective originale »P17
Il faut jouir de l’architecture qu’une ville, un bâtiment soit une matière à imaginer.
« Favoriser chez l’interprète des actes de liberté consciente (p18) » et rendre l’interprète actif.
« L’œuvre d’art n’est plus un objet dont on contemple la beauté bien fondée mais un mystère à découvrir, un devoir à accomplir, un stimulant pour l’imagination ». P21

Calder : œuvre en mouvement : champ de possibilités


Difficultés de l’ouverture/ Contrôle et vitalité

« « Ouverture » ne signifie pas « indétermination » de la communication, « infinies » possibilités de la forme, liberté d’interprétation (…) simplement un éventail de possibilités soigneusement déterminées, et conditionnées de façon que la réaction interprétative n’échappe jamais au contrôle de l’auteur. »
La question du contrôle st très importante dans cette idée d’œuvre ouverte. Aujourd’hui les œuvres sont « fermées » car l’auteur doit assurer qu’elle va durer, et répondre à certains critères. Il est plus facile de fermer que d’ouvrir une œuvre car les chances de mauvaises surprises sont moindres.
Comment ouvrir sans craindre que son œuvre soit gâchée, salie, transformée avec mauvais goût. L’architecte doit-il accepter cette distance que le temps place entre lui et son œuvre ? Peut-il abandonner son œuvre aux usagers, à la ville ?
Comment ouvrir tout en déterminant quelques bases nécessaires pour que l’œuvre en soit une ?


L’art tachiste
« Dans une tache, il manque donc l’élément de contrôle, la forme qui guide la vision. L’art tachiste, en renonçant à la forme-contrôle, renoncerai du même coup à la beauté, et miserait seulement sur la vitalité. »P135
« La vitalité, comme négation de la forme, devrait être préférée à la beauté. » P135
Le contrôle peut être perçu comme ce qui empêcherai ainsi à une architecture d’être vivante. Une architecture trop parfaite trop lisse dessinée dans les moindres détails, parfois jusqu’au moindre meuble et qui est faite pour être un tout mais qui ne respire pas ne tremble pas, n’est pas faite pour être modifiée mais pour correspondre le plus longtemps possible au dessin du concepteur.


Discontinuité/ Entropie

« L’œuvre ouverte entend en pleine lucidité donner un image de la discontinuité : elle ne la raconte pas : elle est cette discontinuité. »P124
Le désordre semble favoriser l’ouverture. Il est flou et facile à accroître avec le temps. Il st encouragé par la succession d’évènement, de culture…


Patrick Bouchain tire aussi partie du désordre « il faut accepter le désordre car c’est la vie ».
Le désordre peut être voulu mais aussi découler d’une succession d’usager, d’événements, d’ « interprétations ». « Mais pourquoi, pour l’architecture, l’interprétation est elle considérée comme de l’inconduite ? » se questionne-t-il ?
Il est également un des grand architectes de l ’ « œuvre ouverte ».


INDETERMINATION
REPARTITION STATIQUE
INFORMATION
ENTROPIE
PERTURBATION
SIGNAL
VITALITE


Patrick Bouchain


Non fini/ouvert

« L’ouvrage doit rester ouvert, non fini » et laisser un vide pour que l’utilisateur ait la place d’y entrer pour s’en servir, l’enrichir sans jamais le remplir totalement, et le transformer dans le temps. Aujourd’hui non seulement les lieux sont personnalisés, mais ils sont fermés, c'est-à-dire terminés. Les architectes tentent de faire des œuvres de concepteur avec des projets qui leur ressemblent, et ils ferment ces œuvres, les rendent rigides, pour être surs que personne ne puisse les transformer car ils n’ont pas confiance ni en leur commanditaire, ni en leur utilisateur » p 31
Patrick Bouchain est également un grand défenseur de l’œuvre ouverte ,qui évolue dans le temps. Il défend une architecture participative contre l’architecte en tant que concepteur unique. L’enjeu est alors de faire en sort que l’ouvre soit capable de gérer l’intervention de plusieurs personnes, de passer entre plusieurs mains sans jamais avoir l’air défigurée. Dès sa conception l’œuvre accepte d’être transformée, appropriée.


Inattendu comme enchantement

« Je crois au provisoire, à la mobilité des choses, à l’échange. Et je travaille à créer, en architecture, une situation dans laquelle la construction pourra se réaliser d’une autre façon et produire de l’inattendu, donc de l’enchantement. »P7
« l’impensé, série de récits qui s’ouvre avec cet ouvrage, s’appuie sur ces espaces de liberté dont nous avons besoin pour produire une architecture chargée de sens et non de normes »P8

Accepter de laisser son œuvre à un avenir incertain c’est faire confiance à l’imprévu, au hasard. Laisser les émotions s’imprimer et modifier les espaces. Faire en sorte que toujours, cette ouverture à l’imprévu soit possible.
Créer des « espaces de liberté » pour le concepteur, et ensuite pour l’usager. Patrick Bouchain encourage à ne pas tenter de tout déterminer avant la construction. Il faut alors du temps pour construire. Et le temps à travers ce qu’il transporte est ce qui pourra procurer l’émotion.
L’imprévu est ce qui nous anime et il faut l’accepter malgré le danger qu’il représente.

Nomadisme/éphémère

« l’homme est avant tout nomade »
une humanité « en marche »
tant mieux si on peut parler de « village planétaire » et si nous entrons enfin dans une « ère autonome »P13

« Une architecture pérenne a plus de risques d’être morte qu’une architecture éphémère, de la même façon qu’un sédentaire a plus de risques de se scléroser qu’un nomade. La sédentarisation st l’expression du confort, et c’est pour cela qu l’étranger fait peur : il vint d’ailleurs et bouscule les habitudes. On a pur et en même temps on a une attirance profonde pour lui. Sans lui, il n’y a pas d’humanité, pas de culture. De la même façon, sans la transformation des choses, il n’y a pas de vie en architecture, ni de vie tout court »32

Nous somme dans une société de la mobilité, de l’accessibilité. Le déracinement est devenu commun. Quand bien même pourrions nous parler de « village planétaire » et quitter cette angoisse de l’arrachement, de l’oubli même, quelle est notre rapport à la solidité et aux habitudes. Sommes-nous prêts à être à nouveau nomades, comme à l’extrême de SuperStudio l’imaginait avec la no-stop city ?
Il nous faut sans doute une architecture qui ressemble à cette société qui est celle du consommable, du facile, de l’instant, pour pouvoir y agir, la sentir tendre et accessible. Mais la mémoire et la durée en tant que stabilités nous sont surement également fondamentales.


Représentation/ dessin

« Il est très difficile de laisser venir le non-voulu dans un projet. Cela peut néanmoins arriver si les documents indiquent le sens et non la forme de la construction. »

« « Ouvert », l’informel l’est car il constitue un « champ » de possibilités interprétatives, une configuration de stimuli dotée d’une indétermination fondamentale, parce qu’il propose une série de « lectures » constamment variables, parce qu’il est enfin structuré comme une constellation d’éléments qui se prêtent à diverses relations réciproques ». P117Umberto Eco l’œuvre ouverte

Figurer un sens et non une forme pour ne pas fermer comme l’abstraction en peinture nous laisse libre d’interpréter. C’est toujours ici la question d la représentation qui est soulevée, et la difficulté de communiquer. Plus nous cherchons à préciser en amont, plus les savoir faire se perdent.


LIEUX IMPENSES
DEREGLEMENTS


Nicolas Michelin

Inciter à l’intervention. Une « écriture minimum » pour une « interprétation maximum »

Nicolas Michelin rejoint les propos de Patrick Bouchain qui aspire à en faire « moins » pour donner « plus ».

« En musique il arrive souvent qu’une note soit liée avec elle-même (...) à partir de la contrainte de jouer cette même note liée, il est possible malgré tout d’exprimer des valeurs très différentes, et de suggérer par l’émotion beaucoup plus que ce qui est écrit. Cette faculté tient à peu de chose : l’intensité du souffle, la tension des lèvres, le vécu de l’instant ; d’aucun diront la musicalité de l’interprète plus ou moins talentueux. Mais elle est surtout rendue possible par l’écriture de Schubert, qui compose ce passage de telle manière que le musicien est pour ainsi dire obligé de s’impliquer à partir de ce qui lui est donné à interpréter. S’il ne s’implique pas suffisamment et s’en tient à jouer juste les trois notes écrites tout le passage devient insignifiant. Ce qui est intéressant dans cet exemple, c’est le contraste entre les contraintes de simplicité de l’écriture musicale et les possibilités malgré tout offertes à l’interprète. A une écriture minimum correspond une interprétation maximum.
En architecture le fameux «less is more» (2) n'exprime pas cette idée, car le parallèle avec la musique ajoute la notion d’interprétation, c’est-à-dire d’appropriation de l’œuvre pour exprimer des instants ou des espaces musicaux non explicités dans l’écriture. La force de cette notion tient à l’obligation de dire plus, tout en respectant les règles de ce qui est écrit. L’appropriation d’un espace architectural pourrait se comparer à l’interprétation d’une œuvre, avec, toutefois, des notions de temporalité très différentes. Un espace architectural, écrit de façon très minimum, comme une succession de notes liées, et placé dans un environnement extérieur-intérieur jouant le rôle des autres partitions musicales, pourrait ainsi évoluer comme l’exemple musical précédent. L'espace peut être interprété ou habité de manière inspirée et prendre soudainement sens au-delà de ce qui était donné à voir au premier abord. Il faut pour cela qu’il soit bien écrit et que, comme dans la composition de Schubert, les possibilités d’interprétation soient ouvertes pour que l’usager se sente directement concerné et soit incité à intervenir librement. »

texte provenant de http://www.anma.fr/4-6-interpretation.pdf

vendredi 15 février 2008

Continuité

ARS LONGA VITA BREVIS
L’œuvre demande du temps est la vie est brève


En lisant Les défricheurs d’éternité de Claude Michelet, on se trouve plongé dans une autre dimension. Face au vertige du temps, on voit comment l’homme agit au service d’une cause qui le dépasse et comment son ouvrage peut transcender le temps.

Au Moyen Age, une petite communauté de moines accomplit des travaux gigantesques pour s’installer dans un site très pauvre. Considérant qu’ils ont l’éternité devant eux, les moines se voient comme des outils au service d’une cause qui les dépasse. Leurs immenses projets s’étalent sur plusieurs générations. Ils défrichent, assainissent des marais, rendent cultivables des régions entières, construisent fermes, moulins, tuilerie et même des bâtiments provisoires qui abritent la première génération pendant la construction de l’abbaye. Les premiers moines de la communauté affrontent la misère, la maladie et la famine mais par leur travail quotidien et leur acharnement, en quelques décennies l’abbaye devient un lieu de pouvoir convoité. Ils sont tellement riches que les barbares les pillent et rasent tout ! Alors, repartant de rien, les moines recommencent et continuent leur tache, ils construisent, cultivent à nouveau et indéfiniment.

La transmission du savoir et des responsabilités s’opère au fil des générations entre les moines. Chaque personne agit au présent, jour après jour, effectuant un travail précis et laborieux qui parait dérisoire par rapport à l’immensité de la tache à accomplir. L’avancement est lent comparé à la durée d’une vie humaine.

Leur projet n’a pas de fin. S’inscrivant dans une échelle de temps illimité (l’existence de l’humanité), il ne peut pas être achevé. La construction est un processus continu, sans cesse renouvelé, jamais figé. Pourtant le bâtiment traverse les siècles, la pierre demeure longtemps. Il ne s’agit pas d’architecture « éphémère ».
Le mouvement est inéluctable, la transformation fait partie de la vie de l’œuvre en chantier permanant. Ici les concepteurs sont à la fois constructeurs et usagers. On peut imaginer que l’œuvre meurt le jour où elle se vide, alors le chantier s’arrête, inversement, si la construction s’arrête, l’œuvre est inutile et disparaît. Les habitants-usagers sont indissociables de la vie, du mouvement perpétuel, du chantier de l’ouvrage.

Si ce livre me touche particulièrement, c’est parce que nous sommes loin aujourd’hui de la notion « d’éternité » en architecture : Quelle architecture contemporaine transcende le temps ? Difficile de répondre. Nous sommes entourés de constructions « rapides » conçues comme des icônes pour la gloire d’un commanditaire ou d’un architecte.



"De partout le sable arrive, partout le sable pénètre. Quand le vent vient du mauvais côté, il me faut, matin et soir, grimper entre toit et plafond et, de là, retirer le sable qui s’accumule. Sans ça, très vite, la mesure serait atteinte où les lattes du plafond céderaient sous le poids du sable.

La notion de continuité par rapport à un ouvrage fait aussi penser au célèbre roman d’Abé Kôbô La femme des sables. L’auteur japonais met en scène un homme et une femme dans un espace sans cesse menacé d’engloutissement. L’homme est prisonnier de la femme et se voit contraint comme esclave à lutter contre le sable.

Depuis toujours, la condition de survie des habitants du village est d’enlever le sable qui se dépose inlassablement sur leurs habitations. Ce travail est une occupation permanente et nécessaire qui nous projette dans un lieu en perpétuelle destruction et reconstruction. Le contraste entre la permanence du sable et la brièveté de nos existences laborieuses se traduit par une impression d’emprisonnement très forte. Nous sommes enfermés dans une maison minuscule au milieu d’un territoire immense et désertique.

"L’homme était comme cire dans la flamme : la sueur lui suintait, il fondait. Par tous les pores de la peau, la sueur lui perlait. Sa montre s’était arrêtée, il ne savait pas quelle heure il était."

L’homme refuse violemment sa condition d’esclave du sable, l’absurdité d’une telle contrainte lui parait insurmontable. Au fil des pages et de son combat pour la liberté, il se rend compte qu’il ne veut plus partir. Sa liberté est ici. Il se sent librement condamné à participer à cet ouvrage sans fin.


Est-ce la perpétuelle évolution/construction d’une œuvre qui fait qu’elle traverse les ages ?

La clé de la continuité est-elle dans l’interdépendance du lieu avec ses usagers ? Ici l’habitant pourrait apparaître à la fois comme le pilier et comme le maçon de l’œuvre.

vertige

"Je veux réciter un cantique; je l’ai retenu. Avant de commencer, c’est une attente intérieure qui s’étend à l’ensemble. Ai-je commencé? Tout ce qui accroît successivement au pécule du passé entre au domaine de ma mémoire : alors, toute la vie de ma pensée n’est que mémoire : par rapport à ce que j’ai dit; qu’attente, par rapport à ce qui me reste à dire. Et pourtant mon attention reste présente, elle qui précipite ce qui n’est pas encore à n’être déjà plus. Et, à mesure que je continue ce récit, l’attente s’abrége, le souvenir s’étend jusqu’au moment où l’attente étant toute consommée, mon attention sera tout entière passée dans ma mémoire. Et il en est ainsi, non seulement du cantique lui-même, mais de chacune de ses parties, de chacune de ses syllabes : ainsi d’une hymne plus longue, dont ce cantique n’est peut-être qu’un verset; ainsi de la vie entière de l’homme, dont les actions de l’homme sont autant de parties; ainsi de cette mer des générations humaines, dont chaque vie est un flot."
St Augustin, Les confessions,
CHAPITRE XXVIII. 38.

"Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n’y aurait pas de temps passé ; que si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir ; que si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent. Comment donc ces deux temps, le passé et l’avenir, sont-ils, puisque le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il est toujours présent, s’il n’allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, mais de l’éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu’il est aussi, lui qui ne peut être qu’en cessant d’être ? Si bien que ce qui nous autorise à affirmer que le temps est, c’est qu’il tend à n’être plus ".
St Augustin (354-430),
Les confessions

"Il s'était, dans sa tête, représenté et construit, d'avance, un processus géométrique simple: la réalité s'affirmait rebelle, et, sur quelque point qui lui échappait, en terrible désaccord avec les prévisions de son esprit."
La femme des sables, Abé Kôbô



Penser le temps nous plonge dans l’abîme : nous vivons dans le temps et nous somme incapable de nous en extraire. Si nous regardons vers l’infini nous sommes pris par une sorte de vertige philosophique. Comment penser le devenir sans me noyer dans le non mesurable ? Jusqu’à quelle échelle ou quelle unité de temps peut-on envisager ce qui arrive ?

La seule réalité tangible semble être le présent, l’instant face au passé qui m’échappe et au futur n’est pas encore. Le présent même est difficile à saisir, "Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent." nous dit Pascal.

Le concepteur qui s’apprête à laisser une œuvre derrière lui est confronté à la question de « l’après ». Son œuvre s’inscrit dans le temps, elle émane de « l’avant », se construit, se dilate vers l’avenir. Le concepteur est pris dans le tourbillon de ce qui dure, ce qui demeure, et de ce qui passe. Il est dans le projet, donc il pense le futur. Il dessine quelque chose qui va se faire. L’acte de conception architecturale propulse au-delà du présent et la matière qui constitue l’œuvre dure, emporte l’oeuvre bâtie dans un avenir plus ou moins long mais toujours incertain. L’incertitude inquiète. Face à cet inconnu, on observe certaines formes de résistance, notamment par les simulations, les statistiques, les probabilités, autant de tentatives de prévision qui rassurent. L’incertitude demeure. De telles stratégies semblent efficaces à court terme mais prennent en compte des paramètres du présent qui évoluent. Envisager l’avenir nous dépasse. Nous sommes impuissants confrontés au temps long de la matière qui nous habite profondément par rapport au temps rapide notre existence sur terre.
Que pouvons-nous vraiment prévoir ? Le savoir de l’architecte peut lui donner quelques notions quant au devenir « physique » de l’ouvrage, nous avons une idée de ce qui est « solide » et qui à donc plus de chance de durer, en fonction les matériaux utilisée on peut prévoir un cycle de maintenance pour aider l’ouvrage à traverser une certaine durée (exemple : « il faut repeindre tout les cinq ans », durée au bout de laquelle la peinture s’écaille). Une connaissance physique de la matière peut permettre d’établir un emploi du temps pour l’entretien. Cependant, les facteurs de transformations ou de dégradation de la matière évoluent aussi, le climat peut changer, l’humidité, la pollution, sans parler des « accidents », catastrophes naturelles. Le contrôle sur le « cycle naturel » de transformation de la matière est donc limité. Le comportement des hommes face à l’ouvrage parait encore plus imprévisible. Qui peut prédire les transformations d’une société, évaluer ses besoins futurs ? L’observation du passé et du présent sont les seuls outils auxquels on s’accroche pour ne pas perdre pied dans ce qui nous dépasse, le devenir impalpable, inaccessible pour notre cerveau habitué à penser le mesurable. Le temps découpé, apprivoisé en heures, minutes, secondes…

jeudi 14 février 2008

I Questionner la position du concepteur quant au devenir de son œuvre
En quoi cette maîtrise est–elle stérile ?
Comment la liberté de l’usager intervient dans le devenir de l’œuvre ?


- vertige philosophique de « penser le devenir », dépassement
Saint Augustin, Les confessions
La femme des sables, Abé Kôbô


- stratégie de l’œuvre ouverte, inachèvement
L’œuvre ouverte, Umberto Ecco : créativité de l’interprète
« L’auteur offre à l’interprète une oeuvre à achever »
Construire autrement, Patrick Bouchain : confiance en l’usager, possibilité de transformation, poser des règle du jeu

- travail de transformation/fabrication continu
Les défricheurs d’éternité, Claude Michelet
La femme des sables, Abé Kôbô

- paramétrique et dynamique. Evolution accélérée de la société. Tentative de planification qui s’adapte aux changements.

Interactive Cities, Valerie Chatelet

Le temps sauvage et incertain, Patrice Goulet
I’ve heard about, R&Sie


II L’usager : monde subjectif
Expérience de la temporalité et besoins de l’usager : exploration


- ville rigide, ville dure (besoin d’appropriation, vers la « ville molle »)
Le temps sauvage et incertain, Patrice Goulet
Amer béton, Matzumoto
L’envers des villes, Alice Lagarda

- non vieillissement, espaces figés non appropriables
Le temps en ruine, Marc Augé
Alice dans les villes, Wim Wenders

- chronocentrisme : stress, fatigue, enfermement, manque de temps, inégalités et décalages
L’homme symbiotique, Joël de Rosnay
Temps désaccordés et mondes clignotants, Elie During

- société de l’instant, besoin de l’éphémère, consommable
TAZ, Hakim Bey
La ville : ordre et désordres, Stéphane Gruet
L’espace critique, Paul Virilio

- besoin du durable, immuable, répétition, stabilité (l’ordinaire et le quotidien)
L’infra-ordinaire, Georges Perec
Tentative d’épuisement d’un lieu, Georges Perec
L’architecture et le temps, Poïesis

- besoin de temps subjectif : imagination, mouvement, transformation, échapatoire, besoin de sentir le présent en action
Le temps en ruine, Marc Augé
Temps zero, Italo Calino
Olsweg, R&Sie




=> Multiplicité des rythmes : ville comme un organisme vivant.
Entrechocs, superpositions, coexistence des rythmes, cadence et décadence


- rythmes de la Nature, cycles, saisons,
- temps biologique : respiration, marche, vie humaine
Diurnisme, Philippe Rahm
Les rythmes urbains de la ville à la non-ville, Olivier Mongins