vendredi 15 février 2008

vertige

"Je veux réciter un cantique; je l’ai retenu. Avant de commencer, c’est une attente intérieure qui s’étend à l’ensemble. Ai-je commencé? Tout ce qui accroît successivement au pécule du passé entre au domaine de ma mémoire : alors, toute la vie de ma pensée n’est que mémoire : par rapport à ce que j’ai dit; qu’attente, par rapport à ce qui me reste à dire. Et pourtant mon attention reste présente, elle qui précipite ce qui n’est pas encore à n’être déjà plus. Et, à mesure que je continue ce récit, l’attente s’abrége, le souvenir s’étend jusqu’au moment où l’attente étant toute consommée, mon attention sera tout entière passée dans ma mémoire. Et il en est ainsi, non seulement du cantique lui-même, mais de chacune de ses parties, de chacune de ses syllabes : ainsi d’une hymne plus longue, dont ce cantique n’est peut-être qu’un verset; ainsi de la vie entière de l’homme, dont les actions de l’homme sont autant de parties; ainsi de cette mer des générations humaines, dont chaque vie est un flot."
St Augustin, Les confessions,
CHAPITRE XXVIII. 38.

"Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n’y aurait pas de temps passé ; que si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir ; que si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent. Comment donc ces deux temps, le passé et l’avenir, sont-ils, puisque le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il est toujours présent, s’il n’allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, mais de l’éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu’il est aussi, lui qui ne peut être qu’en cessant d’être ? Si bien que ce qui nous autorise à affirmer que le temps est, c’est qu’il tend à n’être plus ".
St Augustin (354-430),
Les confessions

"Il s'était, dans sa tête, représenté et construit, d'avance, un processus géométrique simple: la réalité s'affirmait rebelle, et, sur quelque point qui lui échappait, en terrible désaccord avec les prévisions de son esprit."
La femme des sables, Abé Kôbô



Penser le temps nous plonge dans l’abîme : nous vivons dans le temps et nous somme incapable de nous en extraire. Si nous regardons vers l’infini nous sommes pris par une sorte de vertige philosophique. Comment penser le devenir sans me noyer dans le non mesurable ? Jusqu’à quelle échelle ou quelle unité de temps peut-on envisager ce qui arrive ?

La seule réalité tangible semble être le présent, l’instant face au passé qui m’échappe et au futur n’est pas encore. Le présent même est difficile à saisir, "Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent." nous dit Pascal.

Le concepteur qui s’apprête à laisser une œuvre derrière lui est confronté à la question de « l’après ». Son œuvre s’inscrit dans le temps, elle émane de « l’avant », se construit, se dilate vers l’avenir. Le concepteur est pris dans le tourbillon de ce qui dure, ce qui demeure, et de ce qui passe. Il est dans le projet, donc il pense le futur. Il dessine quelque chose qui va se faire. L’acte de conception architecturale propulse au-delà du présent et la matière qui constitue l’œuvre dure, emporte l’oeuvre bâtie dans un avenir plus ou moins long mais toujours incertain. L’incertitude inquiète. Face à cet inconnu, on observe certaines formes de résistance, notamment par les simulations, les statistiques, les probabilités, autant de tentatives de prévision qui rassurent. L’incertitude demeure. De telles stratégies semblent efficaces à court terme mais prennent en compte des paramètres du présent qui évoluent. Envisager l’avenir nous dépasse. Nous sommes impuissants confrontés au temps long de la matière qui nous habite profondément par rapport au temps rapide notre existence sur terre.
Que pouvons-nous vraiment prévoir ? Le savoir de l’architecte peut lui donner quelques notions quant au devenir « physique » de l’ouvrage, nous avons une idée de ce qui est « solide » et qui à donc plus de chance de durer, en fonction les matériaux utilisée on peut prévoir un cycle de maintenance pour aider l’ouvrage à traverser une certaine durée (exemple : « il faut repeindre tout les cinq ans », durée au bout de laquelle la peinture s’écaille). Une connaissance physique de la matière peut permettre d’établir un emploi du temps pour l’entretien. Cependant, les facteurs de transformations ou de dégradation de la matière évoluent aussi, le climat peut changer, l’humidité, la pollution, sans parler des « accidents », catastrophes naturelles. Le contrôle sur le « cycle naturel » de transformation de la matière est donc limité. Le comportement des hommes face à l’ouvrage parait encore plus imprévisible. Qui peut prédire les transformations d’une société, évaluer ses besoins futurs ? L’observation du passé et du présent sont les seuls outils auxquels on s’accroche pour ne pas perdre pied dans ce qui nous dépasse, le devenir impalpable, inaccessible pour notre cerveau habitué à penser le mesurable. Le temps découpé, apprivoisé en heures, minutes, secondes…

5 commentaires:

Aure Delaroière a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Aure Delaroière a dit…

on peut rajouter un passage sur "le jardin aux sentiers qui bifurquent" de Borges. Il parle de l'obsession d'un homme par rapport au temps. Lhomme veut effectur un labirynte, mais aussi un livre. Ce labyrinthe EST ce livre. Car le roman parle du temps. C'est un roman qui parle du tmps sans jamais le mentionner. Qui raconte tous les possibles dans la succession d'evènment. Livre infini qui conte tous les avenirs possible. Et qui montre la folie d'un homme faca à cette reflexion et l'impasse philosiphique dans laquelle il se trouve.

Aure Delaroière a dit…

"un invisible labyrinthe de temps".
"je laisse aux nombreux avnir ( non à tous) mon jardin aux sentiers qui bifurquent. Je compris presque sur le champ; le jardin aux sentiers qui bifurquent était le roman chaotique; la phrase nombreux avenirs(non à tous) m sugéra l'image de la bifurcation dans le temps, non dans l'espace."
Dans touts les fictions, chaque fois que dierses possibilités se pésentent, l'homm n adopte une et élimin les autres; dans la fiction du presque inextricable Ts'ui Pên, il les adopte toutes simultanément. Il crée ainsi divers avnirs, divers temps qui prolifèrent aussi et bifurquent."
"Dans l'ouvrage de ts'ui Pên, tous les dénouements se produisent; chacun est le point de départ d'autres bifurcations. Parfois les sentiersde ce Labyrinthe convergent : par exemple si vous arrivez chez moi, mais, dans l'un des passés possibles, vous êtes mon ennemi; dans un autre, mon ami. Si vous vous résignez à ma prononciation incurable, nous lirons quelques pages"

Aure Delaroière a dit…

"La jardin aux sentier qui bifurquent est une ennorme devinette ou parabol dont le thème est le tmps ; cette cause cachée lui interdit la mention de son nom. Omettre toujours un mot, avoir recours à des méthaphores inadéquates et à des périphrases évidentes, est peut être la façon la plusdémonstrative de l'indiquer."

Aure Delaroière a dit…

Il note aussi les hasard du temps et ses absurdités. Des action aux lourdes conséquences qui auraient pu ne pas avoir lieu . Un meurtre commis sur un coup de tête...